La théologie de la libération - Choeur Nueva Alborada

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La théologie de la libération

– Marc DEAN

Dans les années 60, l'Église catholique est bousculée par les transformations rapides qui s'effectuent de par le monde. Le pape Jean XXIII se lance lui-même dans une grande entreprise de changement: le Concile Vatican II.

Pendant ce temps, en Amérique latine, un nouveau courant chrétien se développe marqué par une volonté de solidarité avec les pauvres, par des pratiques de conscientisation et d'émancipation, de participation dans les mouvements sociaux et les organisations populaires, et même, dans certains pays, dans les mouvements politiques d'obédience marxiste. L'idée que seulement un changement radical des structures politiques, économiques et sociales mené par les pauvres eux-mêmes pourrait venir à bout de la pauvreté fait son chemin.

La théologie de la libération voit le jour avec la publication par Gustavo Gutièrrez d'un livre encore controversé aujourd'hui. Ce livre réinterprète l'Évangile à la lumière de pans importants de la théorie marxiste. Les théologiens de la libération voient dans le marxisme la seule théorie capable d'offrir une analyse systématique et précise sur les causes de la pauvreté de même qu'une proposition concrète et radicale pour l'abolir. La lutte des classes devient un élément clé de cette nouvelle théologie. "Nier l'existence de la lutte des classes c'est, en somme, prendre le parti des dominants. La neutralité sur ce point est impossible."  (Gutièrrez 1971).

Cette théologie s'appuie principalement sur le livre de l'Exode dans l'Ancien testament. "Dieu dit: J'ai vu la misère de mon peuple et je l'ai entendu crier sous les coups des gardes-chiourme" (Ex 3, 7). "Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens" (Ex 3, 8). Moïse est l'exemple de l'homme ordinaire qui se lève pour libérer son peuple de l'oppression.

Le Christ, dans les dénonciations qu'il fait des Pharisiens de son époque, ne fait pas que remettre en question le système religieux. Le grand prêtre est un collaborateur de l'empire romain, un chef religieux mais aussi politique et économique. Lorsqu'on décide d'assassiner le Christ, on le fait parce qu'il est dangereux pour l'Empire et qu'il vilipende les privilégiés de son époque. Le chrétien doit, à l'image du fondateur, participer au processus historique de libération des opprimés de ce monde.

Cet engagement radical en amènera certains à se joindre aux différents mouvements de guérillas dans différents pays. À noter l'engagement du père Camilo Torres dans la guérilla en Colombie, plusieurs laïcs et religieux dans le Front sandiniste de libération nationale (FSLN) au Nicaragua et dans le Front Farabundo Marti (FMLN) au Salvador. Plusieurs autres sont aussi devenus militants de partis socialistes.

On peut tout de suite l'imaginer, ces prises de position pour le moins radicales ne tarderont pas à soulever l'indignation des branches conservatrices de l'Église, à commencer par la curie romaine. Les théologiens de la libération seront victimes de pressions de toutes sortes, s'étant écarté du droit chemin ou plutôt, du chemin de la droite. Le cardinal Ratzinger, responsable de la Doctrine de la foi, tentera d'abord de s'attaquer au raisonnement idéologique de la théologie. Constatant son échec, il changera de stratégie et choisira plutôt de frapper un grand coup au niveau de la structure de pouvoir de l'Église latino-américaine. Avec la collaboration de Jean-Paul II, tous les évêques moindrement progressistes seront remplacés à leur retraite par des collègues ultraconservateurs. Le cas le plus éloquent est sans doute celui de Dom Helder Camara, l'archevêque de Recife au Brésil. Il fut remplacé par Mgr José Cardoso, un conservateur spécialiste du droit canon, qui ne tarda pas à congédier les agents de pastorale trop impliqués avec les pauvres.

L'existence de chrétiens marxistes est un fait social et politique indéniable en Amérique latine. Ils ont amené au mouvement révolutionnaire une sensibilité morale, une vaste expérience de travail avec la base et une urgence de l'utopie qui ne peuvent que l'enrichir.

 

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